Istari Lasterfahrer (Allemagne)



Invité par l’asso Mad Circle le 3 Novembre au Molodoï, Istari n’est probablement pas connu de beaucoup de gens.

Pourtant, après un parcours atypique, pas mal de participations à des compiles, et quelques galettes d’anthologie, il mérite largement cette invitation.

 Et, plus important, il risque de faire se remuer pas mal de popotins !

Interview (par mail) histoire d’en savoir un peu plus sur le pourquoi et le comment.



Dédeche - Peux tu tout d’abord te présenter ?

Istari Lasterfahrer - Bien sur ! Mon nom est Istari Lasterfahrer, pour l’interview, vu que c’est la raison pour laquelle je me fais interviewer.

Je vis à Hambourg, une ville dans le nord de l’Allemagne avec un grand port.



Dédeche - Tu vis à Hambourg, comment est cette ville ? S’y trouve-t-il une scène dont tu te sens faire partie ? Et, le plus important, est ce que les hamburgers de Hambourg sont vraiment bons ?

Istari Lasterfahrer - Bon, je réponds à la dernière partie de la question en premier : il n’y a pas de hamburgers particuliers à Hambourg ! ;)
La ville est assez grosse mais pas autant que Berlin par exemple, donc il est assez facile de rencontrer des gens d’horizons différents quand on sort. Ça donne une impression de petit village parfois. Mais des choses changent, certains vieux quartiers dont les loyers étaient abordables sont rénovés et deviennent des endroits chics, et ça craint.

Je ne pense pas vraiment appartenir à une scène ici. Je rencontre des gens différents avec des backgrounds différents, il y a toujours une grosse scène punk/hardcore, une petite scène noise/experimental, et je suis aussi en contact avec des étudiants en art, ou différents crews drum’n bass, ragga ou hip-hop.
La scène breakcore est toute petite et je ne suis pas en contact avec la scène gabba.



Dédeche - Quel a été ton premier choc musical ? Et ton premier disque acheté ?

Istari Lasterfahrer - Si je me souviens bien le premier media que j’ai eu en ma possession était une cassette copiée depuis la collection du frère d’un ami, autour de 1983 ou 1984. Il y avait d’un côté Grandmaster Flash & The Furious Five, l’album « The Message », et sur l’autre face l’album « Penthouse & Pavements » de Heaven 17. Mais le premier disque que j’ai acheté était une compile de reprise de standards rock ‘n roll par les Beatles.

Une semaine avant j’achetais « The Magical Mystery Tour » en cassette, parce que j’étais effrayé à l’idée d’acheter un disque aussi gros, et je n’avais pas de lecteur (à part celui de mes parents). Ca devait être en 1986. Ensuite j’ai collectionné beaucoup de disques des Beatles et d’autres trucs des 60’s jusqu’au moment où j’ai découvert le punk, puis le punk-hardcore. J’avais beaucoup aimé la vidéo de Kraftwerk « We are The Robots », ça nous faisait bien marre avec mes potes.

On aimait bien aussi les premiers trucs acid-house vers 88, on était trop jeunes pour sortir en soirées mais on commençait déjà à essayer d’en faire sur les premiers séquenceurs sur ordi. Puis vers 1992/93 je me suis plus intéressé au dub et au hip-hop, et un an après au digital hardcore et à la jungle. Vers 1993 j’ai acheté mon premier séquenceur, j’en avais envie depuis des années pour enregistrer me propres sons, les trackers de l’époque ne permettant l’accès qu’à une bibliothèque de samples très réduite.



Dédeche - Qu’est ce qui t’a fait aimer la techno ?

Istari Lasterfahrer -  Hmm, je ne pense pas avoir jamais réellement aimé la techno.
J’ai toujours plus apprécié la musique utilisant des samples comme des instruments, j’ai toujours aimé les rythmiques bizarres et les compositions complexes, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai tout de suite aimé la jungle/drum ‘n bass, genres que tu peux inclure dans le terme « techno », mais je pense que la signification de ce mot change d’un pays à un autre.



Dédeche - Quand as tu commencé à faire de la musique ?

Istari Lasterfahrer -  J’ai commencé à jouer de la musique vers 1986, pas mal d’instruments différents, et j’ai passé quelques années à apprendre la guitare. J’aimais beaucoup bidouiller des trucs sur un 4 pistes, puis je suis passé à l’ordinateur. Sinon je joue de la batterie dans un groupe de punk.



Dédeche - Tu t’occupes du label Sozialistischer Plattenbau, peux tu nous en parler ?

Istari Lasterfahrer -  J’ai commencé ce label en 1999. Je l’ai fait pour sortir ma musique, d’une part parce que personne d’autre ne voulait la sortir, mais en y repensant c’était aussi que j’étais trop faignant pour démarcher des labels, et puis je pensais que ce serait un truc intéressant à faire.
Donc les premiers disques étaient de moi seul ou de projets comme Yppasswdd Daemons, un projet que je faisais avec ma copine Hella à cette période. Ensuite j’ai commencé à sortir de la musique d’autres personnes que j’appréciais ou avec qui j’étais en contact. Pour pouvoir distribuer ma musique de façon underground j’ai aussi commencé un petit service de VPC, et distribué quelques autres labels.



Dédeche - Peux tu nous parler de la série de disque « Dubcore » ? (ndlr : une série de 7 « de différents artistes)

Istari Lasterfahrer -  C’était dans l’idée de sortir du dubcore. C’était le terme qui définissait le mieux la musique que j’avais en tête à ce moment là. Donc le dubcore c’est d’un côté une musique avec une basse forte et profonde, et aussi une version très digitale du dub, avec plus de technique et d’effets digitaux. Mais ça n’a jamais désigné un son spécifique comme ça l’est pour la drum’n bass ou la house.



Dédeche - Comment choisis tu les artistes autres que toi que tu sortiras sur ton label ?

Istari Lasterfahrer -  Principalement selon mes goûts. Mais comme le nombre de disques que je peux produire est limité par l’argent, je peux pas sortir tout ce que j’aime.



Dédeche - Est-ce que tu as beaucoup de connections avec la scène électronique ou breakcore allemande ?

Istari Lasterfahrer -  Un peu avec l’énorme scène de Berlin, et aussi à Leipzig ou dans ce coin là en Allemagne de l’Est. Je suis aussi en contact avec Amboss ou Zombie Flesheater. Mais ce sont principalement des contacts avec des individus.



Dédeche - As-tu déjà joué en France ? On voit rarement ton nom sur des flyers, on n’a pas l’impression que tu sois un « hard-touring-artist », mais où as-tu déjà joué ? Tes meilleurs souvenirs ?

Istari Lasterfahrer - Je ne suis jamais venu en France ! J’ai été invité quelques fois, mais rien n’a jamais abouti. Par contre j’ai joué en Belgique, à Liège ou à Gent, et à chaque fois ça a été des fêtes de malades bien massive. Une fois aussi en Hollande qu’était vraiment cool. A Cologne il y eu une grosse fête bien terrible, et sinon toutes les Clash Of The Titans étaient énormes.



Dédeche - Il ya de grosses influences raga/reggae dans ta musique, tu en écoutes beaucoup ? As-tu des connections avec cette scène ?

Istari Lasterfahrer - J’aime vraiment le dub, aussi bien le dub roots que des trucs plus modernes. J’écoute aussi parfois du reggae ou du ragga old-school, mais je n’aime pas trop la dancehall. Et je cotoie quelques sound systems à Hambourg.



Dédeche - Il y a eu pas mal de débats sur C8 à propos du contenu homophobe de certains samples ragga, parfois utilisés dans le breakcore. Quel est ton avis là-dessus ? Un de tes disques s’intitule « Battybwoy Soundclash Massive » (ndlr : battybwoy est un terme injurieux désignant un homosexuel en argot jamaïcain) est ce une blague à ce sujet ?

Istari Lasterfahrer - Je suis totalement contre les propos ou paroles homophobes - ça craint. Le titre « Battybwoy Soundclash Massive » peut être vu comme une blague mais ce n’en est pas une. Sur la face A les samples utilisés sont pour moi le bon côté des paroles reggae roots auquel j’adhère. Sur l’autre face j’ai essayé de déconstruire ce que je n’aime pas dans les paroles dancehall, mais à posteriori je crois que je n’ai pas réussi aussi bien que je l’aurais souhaité, ça aurait pu être beaucoup plus direct.



Dédeche - Tu as sorti pas mal de morceaux sur le net-label Commie (aujourd’hui arrêté), que penses tu de cette évolution vers les médias numériques etc ?

Istari Lasterfahrer -  J’ai commencé à diffuser mes fichiers tracker en 1995, par la poste dans le coin d’Hambourg, puis sur aminet (réseau shareware d’utilisateurs d’amiga). A la fin des années 90 il y a eu de plus en plus de sorties mp3 sur des net-labels.

Je détestais les mp3s, d’ailleurs je pense toujours que les fichiers trackers sont mieux vu que toute la structure du morceau est visible pour l’auditeur. Même si ça ne fonctionne que pour la musique digitale séquencée, et que quelqu’un qui chante avec une guitare devra utiliser du mp3.

Le mp3 est fantastique pour la libération des musiciens.
Mais j’aime encore beaucoup les objets, tu peux voir, sentir un disque, ou même le perdre, et quelqu’un d’autre le récupérera.
 


Dédeche - Utilises-tu toujours des trackers ? Tu travailles avec quel hard et software ?

Istari Lasterfahrer - Je n’utilise les trackers que dans mon projet Error23. Je suis passé à Cubase à la fin des 90’s, principalement pour utiliser un sampler externe et des synthés midi. Maintenant j’utilise Cubase avec beaucoup de plug-ins et reaktor, plus quelques machines comme un vocodeur analogique, des délais quelques fois des synthés analogiques.



Dédeche - Ton label s’appelle « Sozialistischer Plattenbau », tu as sortis des choses sur le net-label « Commie ». Que penses tu du communisme ? Penses tu que c’est une bonne chose que la musique véhicule un message ?

Istari Lasterfahrer -  Le terme « sozialistischer » dans le nom de mon label se réfère à un type d’architecture est-allemand particulier, c’est un jeu de mot par rapport à la production de disque. Le net-label « Commie » était fait par des finlandais qui aimaient beaucoup l’esthétique soviétique, les images, les films, les tracts…

Ensuite je pense qu’il y a encore du boulot pour que nous vivions dans une société qui garantisse l’égalité. Mais je suis plus intéressé par des concepts vaguement anarchistes plus flous. Je ne sais pas si il est bon que la musique contienne un message politique, ça dépend du message et de la façon donc il est exprimé. Je trouve plus important que tout le monde, aussi bien les gens que les musiciens soient informés des problèmes politiques.



 Dédeche - Sais tu comment tu veux développer ta musique à l’avenir ?

Istari Lasterfahrer - On ne sait jamais ce qui va se produire ! Mais j’ai toujours été intéressé par plusieurs styles et je pense continuer dans cette voie. Attendez vous à plus de jungle, de dub, de dubcore et des truc étranges.


Dédeche - Derniers mots ?

Istari Lasterfahrer -  Merci pour l’interview !

A bientôt à Strasbourg !



Liens :

La site du label Sozialistischer Plattenbau : http://sozialistischer-plattenbau.org/home.html

Le site d’Istari Lasterfahrer : http://istari.sozialistischer-plattenbau.org/home.html